Jeuner pour maigrir ou pour améliorer sa santé, tel est le principe du jeun intermittent ou fasting, devenu même le nouveau secret minceur de ces dernières années et vous êtes assez nombreux que ce soit sur les réseaux sociaux ou en cabinet à me demander mon avis sur cette pratique.

D’ailleurs, pour beaucoup, le jeune représente un réel style de vie à part entière.

J’aimerais  donc dans cet article que nous nous penchions sur le jeune et plus particulièrement sur l’utilisation du jeun intermittent pour perdre du poids afin d’en poser, comme d’habitude, une perspective de réflexion et d’en mesurer les impacts probables sur la santé et le comportement alimentaire.

1/ Principe général du jeûne

A la base, le jeûne est un phénomène naturel auquel les organismes humains ont été régulièrement exposés par le passé. D’ailleurs de nombreux animaux vivent des périodes de jeune de façon régulière.

Actuellement, on peut citer différents types de pratique de jeûne:

  • Le jeûne en continu qui induit une restriction des apports alimentaires durant une certaine période plus ou moins longue. Les régimes hypocaloriques très restrictifs mènent d’ailleurs l’organisme dans un état de jeun physiologique au court et long terme.
  • Les jours alternés de jeûne ce qui est le cas du jeûne intermittent qui consiste, par exemple à jeuner 2 jours par semaines (régime 5:2), ou à alterner 1 jour sur 2 de jeûne.
  • Les périodes de jeûne planifiées durant certaines heures de la journée, souvent sur la base horaire de 8H alimenté et 16H de jeune.

2/ Principe physiologique

Lors d’un jeun alimentaire, globalement, le corps met en œuvre toute une stratégie pour pouvoir continuer à fonctionner.

  • La restriction des apports alimentaires entraîne une diminution des réserves en sucres dans le corps (glycogène)
  • Quand le sucre est manquant, les réserves en graisse prennent le relais pour fournir de l’énergie.
  • Lors d’un jeun ces réserves en graisses sont réduites en acides gras libres qui sont ensuite transformés en corps cétoniques.
  • Ces corps cétoniques vont remplacer le rôle du sucre et fournir l’énergie au corps afin qu’il puisse maintenir les constantes vitales  et continuer de fonctionner.
  • Les protéines sont également utilisées pour produire du sucre.
  • Au long terme, le cerveau utilisera les corps cétoniques au lieu du glucose, ce qu’on appelle la cétose.

3/ Que penser du jeûne intermittent pour perdre du poids ?

Nous venons de voir les différents type de jeune existants et son fonctionnement dans l’organisme, nous alors maintenant nous intéresser à la pratique du jeun pour perte du poids. Et finalement qu’en penser concrètement ?

A priori, appliquer un jeun intermittent ou non, en revient à appliquer de la restriction alimentaire en restreignant ses apports.

De ce fait, comme dans n’importe quels autres régimes restrictifs ou de  situation de réduction alimentaire, nous allons assister à court terme à une perte de poids plus ou moins variable selon notre dépense énergétique et notre métabolisme. Seulement ces effets ne sont pas viables à long terme car le poids perdu est repris progressivement à l’arrêt du jeune.

Néanmoins, il faut savoir qu’il existe des personnes qui pratiquent le jeun intermittent de façon tout à fait naturelle dans leur quotidien sans pour autant l’appliquer volontairement.

Effectivement, bon nombre des personnes que je rencontre ne mangent pas le matin ou le soir, par exemple, car elles n’en éprouvent ni le besoin ni la faim.

Dans ce cas particulier, le jeune intermittent s’annonce un peu comme une évidence en adéquation avec les besoins du corps. Le nombre de repas étant spécifique de chaque culture, chaque personne et surtout de chaque besoin.

Cependant, lorsque nous jeûnons de façon intermittente ou non, sous la contrainte du poids, ce n’est plus la même chose et cela peut nous faire aboutir à plusieurs difficultés que nous allons aborder maintenant.

4/ Risques à moyen et long terme

Sur le plan du comportement alimentaire :

  • Mauvaise gestion de la faim

Si nous ressentons de la faim et que nous nous forçons à ne pas manger, la faim disparait dans un premier temps mais réapparait en plus grande intensité plus tard. Nous arrivons alors affamés au prochain repas autorisé dans le protocole du jeun intermittent, et mangeons plus que nécessaire.

Aboutissant alors a de la prise de poids par ingestion d’excès alimentaires non régulés, en plus d’un sentiment de mal-être physique.

  • Déconnexion de l’instant présent

Nous nous déconnectons du moment présent, à anticiper et prévoir les temps de repas. Nous sommes alors déconnectés de nos besoins sur l’instant donné qui peuvent être tout à fait différents de ceux pour lesquels nous nous sommes conditionnés.

Et lorsque nous ne vivons pas dans l’instant présent, il est difficile de faire le bon choix.

  • Déconnexion du corps

Nous nous déconnectons également de notre corps, puisqu’en en appliquant une règle mentale de restriction sur un corps qui n’est pas forcement en accord, peu à peu nous déréglons peu à peu  nos signaux corporels de faim et de rassasiement.

Dans ce contexte, il devient difficile de jauger les bonnes proportions et don le bon équilibre alimentaires. Rappelons-nous qu’un repas en trop petite ou trop grande quantité par rapport à nos besoins n’est pas un repas équilibré.

  • Pulsions alimentaires

Des pulsions alimentaires peuvent se faire savoir de par la mauvaise gestion de faim et la restriction ainsi que par la perte de liberté et de spontanéité de l’acte alimentaire. Les pulsions sont des pertes de contrôle alimentaire ou nous ingérons des grandes quantités d’aliments, menant à des conséquences comme de la prise de poids ou une relation à soi sensibles.

Je vous rappelle à ce propos qu’une de mes précédentes vidéos traite des pulsions alimentaires et relate des différents facteurs déclenchant.

  • Relation à l’alimentation conflictuelle

La relation à l’alimentation peut devenir compliquée et conflictuelle si ces pulsions alimentaires ont lieu et à travers la difficulté du maintien du jeun sur le long terme. Nous pouvons tomber par exemple  dans de l’obsession alimentaire et vivre en culpabilité permanente.

–      Relation à soi

Du coup notre relation à nous et notre estime de nous-même peuvent se dégrader en se disant par exemple que nous échouons car nous n’arrivons pas à tenir le jeun. Alors que c’est tout simplement le jeun qui ne nous est pas adapté.

–      Irritabilité et manque de concentration

Nous pouvons également devenir irritable et avoir du mal à nous concentrer à cause de la restriction d’apport en sucre et la mauvaise gestion de faim. Le cerveau étant un grand consommateur de sucre.

Sur le plan nutritionnel et santé :

  • Carences alimentaires et possible déshydratation

Des carences se font généralement savoir durant les phases de jeunes à travers le manque d’apport et le déséquilibre de l’alimentation qui fonctionnent sur un principe théorique et non inhérent au métabolisme.

Si le jeun est exclusif et que nous ne buvons pas, nous menons notre corps progressivement en déshydratation. D’ailleurs même si le jeun autorise un apport hydrique, le manque d’apport alimentaire accentue le risque de déshydratation.

  • Fatigue

Ces carences alimentaires et le surpassement du corps pour fonctionner sur ses propres réserves,  s’accompagnent généralement sur le long terme d’une fatigue générale avec des états de somnolence.

Un peu comme si vous rouliez sur la  réserve de votre voiture sur une longue période. Forcément, votre voiture vous fera connaitre des signes d’usures avant de s’arrêter de rouler.

  • Fonte musculaire – Sarcopénie

Nous sommes également souvent amener à une fonte musculaire ou sarcopénie puisque les protéines sont utilisées pour synthétiser du sucre et puisque nous n’en apportons pas de nouvelles par l’alimentation, les muscles ne peuvent plus assurer leur renouvellement cellulaire.

5/ Conclusion

Pour conclure sur le jeun intermittent pour maigrir, je dirais qu’il n’existe toujours pas de méthode révolutionnaire pour perdre du poids qui se maintienne sur le long terme.

J’ajouterais que cette pratique peut être intéressante si elle est en accord avec nos besoins corporels et si elle est avisée et encadrée par un professionnel de la nutrition compétent qui aidera à équilibrer l’alimentation quotidienne.

Je vous encouragerais également davantage à prendre soin de vous en écoutant et focalisant sur vos propres besoins physiologiques et plaisir pour attester ou non si une approche ou une méthode vous fait du bien.

N’oubliez pas que l’alimentation doit rester synonyme de fluidité, de plaisir et doit s’intégrer parfaitement dans votre vie quotidienne en étant respectueuse de vos valeurs de vie.

 

Cet article en vidéo sur le lien : https://youtu.be/3eL5FXikx-E