Pourquoi manger sans culpabilité n’est pas un bon raisonnement ?

Manger sans culpabiliser! C’est la grande recherche de notre société vendeuse de rêve ou de
principes. C’est même l’idée prometteuse et bien désastreuse de plusieurs sociétés ou coaches en tous genres,
de vous affirmer qu’il se doit de manger sans éprouver de culpabilité ou même d’émotions.
En résumé, la promesse serait plus clairement, qu’il serait selon eux, important, de partir en lutte
avec ses propres émotions. Sous prétexte que la culpabilité est désagréable à ressentir, nous devrions nous en débarrasser ou
chercher à ne pas la ressentir. Sous-entendu, que si nous la ressentons, nous sommes alors sur un
mauvais raisonnement ou nous nous y prenons pas de la bonne façon avec notre alimentation ?
C’est bien joli toutes ces phrases et règles dictatoriales, mais pensez-vous vraiment que cela soit
possible ?

1/ Nos émotions, ces conseillères

La question des émotions revient souvent dans nos vies respectives. Et pour cause, elles font partie
de nous et sont en relation étroite avec nos valeurs profondes, avec ce qui est important pour nous.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, toutes nos émotions, même les plus difficiles à ressentir,
sont là pour essayer de nous faire réagir et nous aider à changer de chemin.
Nous aider, tout simplement, à évoluer vers la vie que l’on souhaite avoir et la personne que nous
désirons être. Pour comprendre, nous pourrions par exemple, les comparer à des conseillères, qu’on pourrait
qualifier d’un peu maladroites, car les messages qu’elles nous envoient sont souvent un peu ambigus
et difficiles à décrypter, surtout si nous décidons de partir en lutte avec elles.
Elles viendraient alors pour nous alerter que quelque chose d’important est en train de se passer
pour nous. Selon l’émotion ressentie, le conseil serait différent et surtout spécifique de la situation que nous
sommes en train de vivre. De ce fait, en fonction du contexte, nous pouvons lister plusieurs conseils qui relateraient différentes
actions possibles et nous mèneraient vers le comportement idéal.
Pour donner un exemple précis, dans un contexte diffèrent qu’alimentaire, lorsque nous sommes
parent, il est normal de s’inquiéter pour notre enfant.
Cette inquiétude ou cette peur, sont connectées à notre valeur et notre désir d’être un bon parent
et à notre amour pour notre enfant. Si notre enfant en bas âge, se met à courir sur un chemin qui s’approche trop prêt d’une route
dangereuse, alors les émotions vont s’activer en nous et cela, à des endroits précis de notre corps.
Nous allons ressentir certainement de la peur. N’est-ce pas cette peur qui va nous aider à rattraper notre enfant pour le mettre en sécurité ?

Le conseil donc de l’émotion dans ce cas précis, serait par exemple, de tenir la main de notre enfant.
Mais peut-être que dans une autre situation, le conseil serait différent.
Peut-être, même, que dans cette même situation, plusieurs conseils différents pourraient être
intéressants à écouter ou à tester.
Dans tous les cas, n’est-ce pas l’émotion qui vous a permis d’agir et de vous rapprocher de ce qui
vous semble juste ?

2/ La culpabilité

Si nous nous intéressons maintenant à notre émotion en question.
Vous savez cette émotion qui semblerait si mauvaise à ressentir et dont il faudrait absolument se
débarrasser : la culpabilité.
Aussi, dans un premier temps, pourrions-nous nous intéresser aux contextes qui nous poussent à la
ressentir. Quand est-ce que, précisément, nous culpabilisons dans notre vie ?
Si vous me posiez la question, je vous répondrais tout simplement, que nous culpabilisons dans des
situations où nous ne sommes pas en accord avec l’action que nous venons de faire.
Nous pouvons culpabiliser si nous manquons de souhaiter un anniversaire à une personne qui nous
est chère. Mais à quoi peut bien servir cette culpabilité ?
Peut-être que cette situation va nous permettre de lui rendre visite et de se rapprocher d’elle par
exemple. On pourrait qualifier cela d’un conseil pragmatique et fonctionnel en lien avec ce qui
compte pour moi. Dans un contexte alimentaire, nous pouvons culpabiliser, par exemple, parce que nous avons trop
abusé d’un plat trop riche et que nous ne sentons pas vraiment bien physiquement, après le repas,
avec lourdeur et ballonnements. S’il est important pour nous de prendre soin de nous avec l’alimentation, vous pensez bien qu’il est
normal de culpabiliser alors que nous venons de faire un excès qui nous fait nous sentir mal.
Et j’ai envie de vous dire, heureusement, même que nous culpabilisons !
Dans ce contexte précis, peut-être, que la culpabilité pourrait nous conseiller de manger plus léger au
repas suivant et de porter attention à des choix alimentaires plus intéressants d’un point de vue
santé. Pourriez-vous imager ce que cela donnerait si nous n’éprouvions plus jamais ce sentiment de
culpabilité ? Sur quelle jauge, pourrions-nous espérer nous remettre en cause pour pouvoir évoluer et rectifier
nos erreurs ? Bien évidemment, encore faut-il réussir à évaluer ce sentiment de culpabiliser à juste titre et à
rester concentré sur le chemin de vie que nous souhaitons prendre.
Il est vrai que cela n’est pas facile de pouvoir bien évaluer ce ressenti lorsque nous sommes dans une
difficulté particulière. Il sera difficile d’évaluer la gravité de cette culpabilité sur un repas lorsque nous sommes sous la
contrainte du poids.

3/ Evaluer – Relativiser

Dans ma pratique, il n’est pas rare de recevoir des patients, en lutte avec leur image, qui passent leur
vie à culpabiliser. Cette culpabilité étant souvent détournée de son utilisation, elle en devient
étouffante voir obsessionnelle.
Cela est normal, car lorsque nous avons comme seul point de focalisation la difficulté avec laquelle
nous vivons, la réflexion devient difficile.
Aussi, un petit outil assez simple à faire peut s’avérer intéressant pour prendre du recul et relativiser
les choses.
Dans un premier temps, il est intéressant d’observer sa culpabilité. C’est-à-dire d’observer l’endroit
corporel sur lequel elle se fait sentir. Peut-être, au niveau du cœur, des intestins, de la gorge ?
A quel endroit précis ressentez-vous cette émotion dans votre corps ?
Ce travail permet dans un premier temps d’être connecté à ses ressentis.
Dans un second temps, je l’invite à donner une note de gravité à ce ressenti de culpabilité sur une
échelle allant de 1 à 10.
Par exemple 10/10 serait une culpabilité jugée assez grave à ses yeux et 1/10 aurait peu
d’importance.
Je propose alors à mon patient de se décentrer de la situation qu’il vit et d’imaginer la personne qui
compte le plus au monde pour lui qui se trouverait dans ce même contexte.
On imaginerait donc que cette personne serait en train de culpabiliser pour la même raison que lui et
dans cette même situation.
A ce titre et dans une vision extérieure, quelle note de gravité attribuerait-il à cette culpabilité pour
cette personne ?
Presque quasiment tout le temps, la note attribuée à la personne chère, est beaucoup moins élevée
que celle qu’il aura tendance à s’imposer pour lui, d’une manière spontanée.
Cela aide dans la majorité des cas à relativiser en prenant du recul sur la situation.

4/ Nos valeurs de vie

Nos valeurs de vie pourraient être définies comme les choses qui comptent pour nous dans notre vie,
ce qui a de l’importance, ce qui est dans notre cœur.
On partirait du principe où, ces valeurs de vie guideraient nos comportements dans différentes
situations et que lorsque nous suivons un chemin différent, des émotions s’activent pour nous
signaler que nous nous sommes égarés de notre chemin idéal.
L’idée serait ainsi de bien définir ce qui compte pour vous dans votre vie. Définir la personne que
vous souhaitez être et la vie que vous souhaitez avoir. Tendre à mettre en place des petits pas,
progressivement, et a différents contextes de vie, qui finiraient par vous mener sur ces chemins.

A partir de cela, accueillir vos émotions dont la culpabilité, pourrait vous sembler, peut-être, plus
facile et plus légitime. Peut être également, que vous opterez pour un peu plus de bienveillance
envers vous puisque votre fonctionnement serait juste normal.
Je vous invite alors à réfléchir à une situation dans laquelle vous avez culpabilisé ou éprouvé une
autre émotion. Réfléchir dans cette situation, qu’est ce qui était important pour vous.
L’action que vous avez entreprise et ses conséquences physiques, comportementales ou
émotionnelles.
Et dans un second temps, réfléchir, dans ce même contexte à l’action ou aux actions différentes que
vous auriez pu entreprendre et à ce qu’elles vous auraient apportées.
Aussi, entrevoir comment l’émotion ressentie vous a aidé dans cette situation précise.

5/ Perspective différente

Vous l’aurez compris, lutter avec la culpabilité ou essayer de la fuir ne sert pas vraiment à grand-
chose et surtout n’est pas vraiment faisable puisqu’à partir du moment où vous deviez du chemin
que vous souhaitez, elle va forcément apparaître.
Ainsi, peut-être serait-il bon de changer de perspective sur cette émotion précisément et de
commencer à la penser comme une alliée.
De l’utiliser comme une ressource précieuse et bienveillante qui nous aide à choisir la meilleure voie,
même si son ressenti est difficile.
Apprendre à l’accueillir à juste titre pour mieux comprendre le message qu’elle tend à nous envoyer.
Apporter de la présence dans votre vie et dans toutes vos actions permet, à ce titre, de prendre du
recul et d’entrevoir les perspectives comportementales différentes.
Je vous laisser alors réfléchir au petit pas que vous pourriez mettre en place, dans l’heure ou les
minutes à venir, pour apporter de la présence dans votre moment.