Dans mon quotidien de diététicienne Nutritionniste libérale, je suis amenée à
rencontrer plusieurs personnes en lutte avec leur image et surtout en
recherche de solution permanente pour perdre du poids, vite et durablement.
Vouloir perdre du poids pour se sentir mieux dans son corps est légitime et
compréhensible. Encore faut-il bien s’y prendre avec fonctionnalité et
pragmatisme.
Parmi les multiples expériences que mes patients ont pu tenter, une se
démarque par son originalité et surtout l’utopie qu’elle semble apporter sur les
objectifs souhaités. Cette expérience est celle de compter les calories.
Ô combien de personne j’ai pu entendre en m’expliquant avoir testé ou même
être encore en train de tester de compter ses calories pour pouvoir perdre du
poids.
Seulement, outre le fait de la rigueur que cela demande, ce comptage n’est pas
vraiment viable à long terme et surtout absolument pas fiable.

1/ Les calories

Pour comprendre pourquoi compter les calories n’est pas fiable, je vous
propose dans un premier temps de définir ce que représente une calorie.
On pourrait définir très simplement une calorie comme l’énergie apportée à
l’organisme par l’ingestion d’un aliment.
Cette énergie est différente en fonction des nutriments. Un gramme de glucide
ou de protéine apporte 4 calories alors que un gramme de lipide en apporte 9.
Il va de sens que en fonction de la composition de chaque aliment en ces trois
nutriments, son apport calorique sera différent d’un autre.
Cependant, les glucides, les protéines et les lipides ne s’utilisent pas de la
même manière dans notre corps. Ils sont métabolisés spécifiquement avec des
rôles bien définis. Par exemple, les glucides vont se constituer comme source

première d’énergie et de réserve, alors que les protéines vont nourrir nos
muscles, notre squelette et presque toutes les cellules de notre corps.
Les lipides quant à eux vont faire partie intégrante de la structure de nos
cellules.
Si nous focalisons uniquement sur le nombre de calories qu’un aliment apporte
sans tenir compte de la réparation de ces calories, nous sommes alors dans le
faux.
Puisque vous vous doutez bien que 300 calories de poulet ne vont pas apporter
les mêmes nutriments et même bienfaits que 300 calories de bonbons.
Dans les faits, nous avons des deux côtés 300 calories mais qui ne vont pas être
utilisées de la même manière par notre métabolisme.
Vous l’aurez compris, les calories seules ne servent pas vraiment à bien
s’alimenter, ni même à apporter les besoins nécessaires au corps qui sont
différents de jour en jour.

2/ Une répartition calorique optimale

Chaque personne connait un besoin en répartition calorique quotidien adapté
en fonction de ses âges, de ses caractéristiques personnelles et ses besoins du jour.
L’apport calorique doit alors être en équilibre de façon optimal.
C’est-à-dire que les calories de graisses, de sucres et de protéines doivent être
réparties en fonction du besoin pour pouvoir assurer le fonctionnement de son
corps comme il se doit et de la meilleure façon qu’il soit.
Pour généraliser, théoriquement, une personne de référence, sans besoins
spécifiques, les glucides doivent représenter 45 à 50% des apports alimentaires
quotidiens. Les protéines doivent en représenter 13 à 15% et les lipides 30 à
35%.
A défaut d’avoir une répartition de cet équilibre, les risques seraient délétères
au niveau santé et variable en fonction de la répartition menée.
Nous pouvons dériver, par exemple, sur des carences alimentaires, des
problèmes de santé, de la fatigue, ou encore des troubles digestifs ou des
troubles du sommeil. Se répercutant alors sur l’ensemble de l’organisme.
Parce que, une chose est-il d’apporter des ingestions alimentaires ajustées à
notre besoin calorique, il en est une autre d’avoir ses calories à valeur santé.

Pour aller plus loin, cet équilibre se fait idéalement sur une journée mais
également sur une semaine.
Nous pouvons ainsi, rééquilibrer nos manques et nos excès de jour en jour,
sans vraiment avoir le besoin de compter nos calories ou de rentrer dans un
stress cognitif.

3/ La perte de poids

La perte de poids, en théorie, sans tenir compte de sa dépendance à plusieurs
facteurs autres qu’alimentaires, se base sur un fait mathématique entre les
dépenses énergétiques et les ingestions alimentaires.
Sur la logique d’un bilan hypocalorique, il faudrait que l’apport alimentaire
ingéré soit inférieur à nos défenses énergétiques.
Autrement dit, nous devons avoir un écart entre ce que nous dépensons et
l’apport calorique global pour pouvoir espérer une perte de poids.
A défaut, il suffirait de réduire les excès qui sont au-dessus de nos besoins et la
réduction de cet excès mènerait à une régulation du poids de forme.
Mais dans tous les cas, nous parlons de différence entre apports et dépenses.
Nous pouvons contrôler et veiller à avoir un apport alimentaire quotidien
identiques mais ce que nous ne pouvons pas maitriser sont bien les dépenses
énergétiques quotidienne adaptables en fonction de nos imprévus et nos
ressentis.
L’apport calorique est donc un des facteurs possibles à considérer mais son
comptage et/ou son calcul ne peut être fiable et viable à long terme en raison
de la variation de ces paramètres.

4/ Des besoins différents

Bien que le fonctionnement du corps humain peut s’apparenter à celui d’une
machine, jusqu’à preuve du contraire, nous restons bien des humains avec
toutes nos caractéristiques spécifiques à chacun.

Nous vivons des journées différentes, avec des activités physiques et/ou
intellectuelles différentes et remplies d’émotions. Et tout cela demande de
l’énergie.
En tant qu’être humain à part entière, nous ne sommes pas paramétrés pour
avoir exactement chaque jour le même besoin en quantité et donc en calories
total, même si nous veillons à ce que celles-ci soient bien réparties entre-elles.
Lors d’une journée bien chargée intellectuellement ou encore une autre où
nous avons parcouru beaucoup de kilomètres, nos besoins seront majorés et
nous allons très certainement, avoir plus faim que lors d’une journée où nous
sommes restés en inactivité.
L’apport calorique total doit ainsi être en accord avec nos besoins spécifiques
quotidiens.
Se fier à un simple, calcul de calories ne peut pas tenir compte de tous ces
paramètres puisque tous ces paramètres sont variables de jour en jour et ne
peuvent donc pas être calculés au préalable.
Nous ne pouvons pas, par exemple, mesurer l’intensité d’une émotion que
nous ne sommes pas en mesure de prévoir. Nous ne pouvons pas également
connaître, en amont, l’intensité de la faim que nous pourrions espérer avoir au
déjeuner d’ici 3 jours.
Sauf bien évidement si nous trouvons le moyen, demain, de nous octroyer des
pouvoirs magiques qui nous permettraient de prédire l’avenir.
Le cas échéant, ce n’est pas possible.

5/ Aspect cognitif

Le point le plus important dans tout cela et celui qui explique que cela ne soit
pas viable à long terme, reste bien l’aspect psychologique que ce comptage
calorique apporte.
Le rationnement de l’acte alimentaire par la pensée ou la prédiction
alimentaire hypercontrolée nous déconnecte de nos signaux corporels.
Aussi bien que, l’obsession qui peut s’en découler sur l’alimentation est
presque inévitable.

Penser à ne pas dépasser les calories calculées ou à les atteindre, sans vraiment
tenir compte du plaisir alimentaire ou de si mon corps est en accord avec les
quantités servies, rend l’acte alimentaire robotique ou mécanique.
Lorsque nous pensons aux calories ingérées, nous nous déconnectons ainsi de
l’instant présent. Et lorsque nous sommes déconnectés du « ici et
maintenant », nous ne sommes plus conscient de ce qui pourrait être le
meilleur choix pour nous dans ce contexte précis.
Il n’est pas rare d’observer, dans ce type d’expérience, progressivement et
inconsciemment, l’arrivée de Trouble du Comportement Alimentaire, comme
de l’anorexie, de la boulimie ou de l’hyperphagie.
La frustration et la perte de liberté que cela génère rend l’autonomie
alimentaire très difficilement atteignable pour un résultat éventuel sur le poids
éphémère.
L’effet peut même être contre-productif puisque cela peut mener à de la prise
de poids en engendrant des compulsions alimentaires par restriction d’apport.
Ces restrictions aboutissant à des ingestions en trop grosses quantités et donc
à de la prise de poids.
D’un point de vue physiologique, il est impossible de corréler, sur le long terme,
une relation à l’alimentation sereine avec un un poids atteint avec une
restriction calorique.

6/ Conclusion

Vous l’aurez compris, pour perdre du poids, il n’existe toujours pas de miracle
et de méthode révolutionnaire.
Depuis des décennies, les difficultés d’image corporelle ne cessent d’évoluer et
de plus en plus de personnes continuent de chercher, en vain, une solution.
Il est certain qu’il n’est pas facile de changer de perspective de vue lorsque
nous souffrons de quelque chose ou lorsque nous ne nous sentons pas à l’aise
dans le corps que nous avons, bien que c’est bien celui-ci, qui nous fait vivre et
avancer chaque jour.

Cependant, focaliser sur un problème ne nous permet pas d’observer les
différents chemins d’actions possibles qui peuvent s’ouvrir à nous.
Aussi, à force de chercher une solution, nous avançons dans un monde où nous
n’existons plus vraiment et où nous nous oublions.
Et si chercher une solution ne serait justement pas la solution ?
Peut-être que voire les choses sous un axe bienveillant en cherchant juste un
mieux-être serait plus intéressant et nous permettrait d’apaiser un peu la
souffrance ?
Se dire que nous allons prendre soin de nous plutôt que de se dire que nous
avons l’obligation de perdre du poids ?
Et si l’idée de s’écouter davantage et de continuer de vivre prendrait davantage
de sens ? De prendre un chemin en accord avec ce qui est important pour nous.
De se diriger vers une alimentation plus saine et plus soucieuse de
l’environnement et de nos besoins physiologiques vitaux mais également de
nos besoins de plaisir.
Nous restons seuls maîtres de la vie vers laquelle nous souhaitons avancer et
nous seuls, avons le pouvoir de mettre en place les actions pour prendre soin
de nous, en accord avec nos valeurs de vie.