Pourquoi les régimes pour perte de poids ne marchent pas ?

Devant une société ou le dogme de la minceur prend encore davantage de place, bien que le mouvement soit en train de changer, je reçois encore tous les jours et de plus en plus, de personnes qui souhaitent perdre du poids et qui sont en lutte avec leur image.

D’une simple envie d’améliorer son apparence à une lutte sans fin, l’insatisfaction corporelle est exponentielle et génère de la souffrance.

Et peut-être que vous devez vous reconnaître à travers ces mots. Peut-être que comme la plupart de mes patients, vous avez essayé maintes fois de perdre du poids à travers des régimes, plus ou moins difficile à mettre en place. Vous les expérimentez  souvent dans l’urgence de ne plus ressentir ce sentiment de mal-être devant votre miroir.

Bien évidemment, donne envie d’essayer ! A vrai dire, si une solution existe pour me débarrasser de cette image et être en accord avec les nomes sociétales, pourquoi pas essayer me direz-vous ?

Seulement voilà, et je le dis à toutes mes patientes, si seulement ces régimes marchaient vraiment, il n’existerait plus de difficulté de poids dans le monde et on aurait enfin un traitement efficace contre l’obésité. Ça serait magnifique !!

Je vous propose dans cet article d’aller creuser un peu plus, sur le fonctionnement des régimes et de comprendre pourquoi ils sont voués à échec et qu’ils ne peuvent se maintenir sur la durée.

1/ L’espoir

Lorsque nous sommes en difficulté avec notre image ou toute autre situation qui nous met dans un inconfort, nous sommes en plein dans une souffrance.

Et quand on souffre, et peu importe l’intensité de cette souffrance, puisque c’est difficile pour nous, il est normal de vouloir quelque chose qui nous supprime cette souffrance rapidement.

Un peu comme quand nous nous brûlons la main et que nous voulons apposer de la pommade pour soulager la douleur. Nous voulons appliquer cette pommade le plus vite possible.

C’est un peu ce qui se passe lorsque nous souffrons avec notre corps et qu’on se voit proposer un régime.

D’autant plus que l’idée de pouvoir agir sur le poids procure un sentiment de contrôle et de maitrise. Nous imaginons un idéal de poids que nous prenons pour objectif et un régime prônant la possibilité de l’atteindre et d’en finir avec cette lutte nous donne de l’espoir.

Un espoir qui nous apporte une sorte d’euphorie puisque nous avons l’impression d’avoir trouvé LA solution que nous cherchons depuis toujours.

Nous nous embarquons ainsi dans la mise en place d’une stratégie de contrôle et commençons à restreindre notre alimentation, ou à calculer nos ingestions alimentaires.

2/ La restriction alimentaire

Cette restriction alimentaire que demandent les régimes à visée de perte de poids demande de la réflexion, ce que j’appelle du « temps psychologique » qui se transforme peu à peu en fatigue mentale.

Puisque sans cesse en réflexion, nous  demande à être en lutte en permanence avec ce que notre corps nous demande, avec nos besoins. En quelque sorte, en lutte avec nous-même.

A travers ce contrôle, nous nous emprisonnant presque inconsciemment dans un cercle qui nous vole peu à peu notre liberté d’agir. Dans nos réflexions ou calculs pour perdre du poids ou ne pas en prendre, nous ne sommes plus dans l’instant présent, dans le « ici et maintenant ».

Nous occultons alors nos signaux vitaux comme la faim ou le rassasiement ou juste le plaisir que nous pouvons éprouver à manger.  Et si comme moi, et la plupart de mes patients, vous êtes du genre plutôt gourmand, le plaisir constitue un besoin à part entière puisque celui-ci s’inclue dans nos valeurs de vie.

On devient automatisé à appliquer une méthode qui sort de toute culture culinaire bienveillante et nous perdons peu à peu nos repères.

Parfois, nous pouvons même nous couper du monde, refuser des sorties ou des moments précieux et importants pour nous comme des mariages ou des repas entre amis.

Et comme, au début, il est fort possible que nous perdions du poids, on se dit que ça marche et donc nous persévérons. Nous rentrons peu à peu dans ce cercle vicieux…Et le poids contrôle alors davantage nos choix alimentaires et notre vie.

3/ Le craquage

La physiologie du métabolisme ayant des besoins nutritionnels spécifiques minimum, notre corps nous envoie des messages à longueur de temps. Parmi les plus connus, nous pouvons, par exemple,  citer  la faim ou le rassasiement, qui correspondent juste à des alertes corporelles.

Cette lutte entre le corps et l’esprit génère de la frustration, qui,  n’étant pas supportable sur du long terme, mène naturellement ce qu’on pourrait appeler des craquages plus ou moins grands.

D’un point de vue cognitif et « régime » ces craquages sont souvent perçus comme des échecs alors que d’un point de vue purement physiologique, ces craquages seraient des espèces de moyens de survie mis en œuvre par le métabolisme pour pouvoir rééquilibrer les besoins qui lui manquent.

Mais devant cette lutte cognitive, nous perdons le contrôle de ce que nous ingérons et c’est à ce moment précis où arrive ce fameux « foutu pour foutu ».

Cette réflexion universelle que j’entends quasi tous les jours au cabinet. Comme si toute votre vie et tout le processus reposait sur cette unique moment.  « Foutu pour foutu, au point où j’en suis ».

Pour mieux comprendre, si demain vous décidiez de traverser le désert avec une seule petite bouteille d’eau, vous risquez d’être assoiffé à votre arrivée et une seule gorgée d’eau ne suffirait certainement pas. Mais si vous vous imposer d’en boire qu’une seule gorgée mais que cela ne suffit pas à votre corps, alors le métabolisme va se « rebeller ». Et devinez ce qui risque de se passer ?

Et bien il y a beaucoup de chance pour que nous avalions cette eau de manière hyper rapide et a outrance. C’est-à-dire beaucoup plus que nos besoins…

C’est un peu ce qu’il se passe lorsque nous affamons notre corps d’un aliment nécessaire à son bien-être, mental ou physique. Alors forcément, lorsque nous craquons, nous ne craquons pas pour une seule bouchée et le contrôle et maitrise sont vite perdus. Et devinez ce qu’il se passe alors ?

4/ L’effet yoyo

Et bien nous reprenons le poids que nous venons de perdre et parfois plus que le poids initial.

Tout simplement car l’aspect cognitif a été impacté et que nous commençons à manger ces aliments que le régime interdit comme si c’était la dernière fois qu’on en mangeait.

Nous allons donc en manger même si le plaisir n’est plus là et même si nos besoins sont déjà saturés.

Demain, j’en aurais plus le droit, alors j’en profite aujourd’hui !

Mais à ce moment-là, qui nous autorise ou nous interdit nos actions et nos choix? Est-ce nous qui maitrisons ou le poids qui nous maitrise ?  Ces limites que nous nous imposons, est ce nous qui nous nous les imposons ou le poids ?

Puis que nous n’arrivons pas à tenir les limites de ces régimes, on s’enferme dans un cercle de culpabilité. Le mal-être revient encore plus forts puisqu’on a repris du poids en plus d’avoir échoué.

Et on se dit que demain on reprendra les restrictions, bah bien évidemment, puisqu’elles menaient à de la perte de poids !

Un peu comme si on oubliait que ces mêmes restrictions venaient de nous mener à de la perte de contrôle et venaient de nous faire reprendre du poids.  L’expérience se répète alors.

5/ Mauvaise estime de soi

Puisque physiologiquement, nous sommes voués à tendre vers nos besoins vitaux alimentaires, nous ne parvenons pas à suivre les règles imposées par le dit-régime.

Ces règles qui prétendent mieux que nous savoir ce qui est bon pour nous.

Ce sentiment d’échec qui apparait nous détruit peu à peu notre estime de soi.

Nous avons l’impression que l’échec est de notre faute. Que nous n’y sommes pas arrivés et que nous n’y arriverons jamais. Pourtant le rôle de l’échec, en soi, permet normalement d’apprendre et de changer de chemin. De prendre un nouveau chemin, meilleur pour nous. Un chemin qui nous correspond réellement et qui prendrait en considération toutes nos nécessités.

Ici, nos besoins physiologiques, mais également nos besoin en plaisir, nos besoins de partages, de liberté… et toutes ces valeurs spécifiques à chacun de nous.

Et si ce n’était pas de notre faute mais juste le régime qui serait néfaste ? Juste la façon de s’y prendre qui ne nous correspondait pas ?

Si c’était cette solution qui ne nous était pas adaptée ?

6/ Poids de forme

Notre métabolisme est prédestiné à maintenir ce que nous appelons un « poids de forme », un volume de forme.

Un poids qui correspond à un volume physiologiquement stable.  Sans restriction, sans effort et sans lutte. Cela ne correspond pas forcement au poids dans lequel nous nous sentons bien ou celui que nous choisissons mais un poids que nous arrivons à stabiliser sur le temps naturellement et sereinement. A l’écoute de nos besoins physiologiques et envies.

C’est le SEUL poids que nous pouvons réussir à stabiliser dans notre vie.

Alors, beaucoup de personnes que je rencontre ont souvent cette peur, légitime, que si elles écoutaient vraiment leur envie, ça serait l’anarchie et elles prendraient plusieurs dizaines de kilos…

Je leur réponds alors que si tel serait le cas, elles ne seraient pas vraiment à l’écoute de leur besoins J

Nous pouvons, bien-sûr, descendre plus bas que notre poids de forme mais celui atteint ne sera jamais stabilisable sur la durée.

Ce poids ne dépend pas que de l’alimentation mais de plusieurs facteurs comme le sommeil, la flore intestinale, l’activité physique, la génétique, l’âge, les hormones, le tabac, certain médicament et d’autres que je dois certainement oublier.

Certain de ces paramètres ne dépendent pas de nous ou de notre bon vouloir mais sont juste naturels et surtout spécifiques à chacun.

Et lorsque nous faisons un régime, nous ne cherchons pas notre poids de forme, nous cherchons un poids… donc voué à échec sur le long terme.

La littérature scientifique annonce que 95% des personnes ayant fait un régime dans un but de perte de poids ont repris leur poids initial ou plus sur les 5 ans qui ont suivi.

Et pour les 5% restant, ils continuent la lutte ou sont tombés dans des troubles du comportement alimentaire.

Bien évidemment, que pratiquer un régime donnent cette impression d’être rassuré et en même temps, lorsque nous sommes libres de nos choix et à l’écoute de nos besoins physiologiques et émotionnels, l’anarchie n’est pas possible.

7/ Perspectives

Les expériences sont faites pour arriver à des conclusions et à évoluer en ne réitérant pas le même schéma. Peut-être que nous pourrions ouvrir nos perspectives de réflexion sur cette question du poids et commencer à voir les choses différemment ?

Peut-être pourrions-nous élargir à une dimension de bien-être et de prendre soin de nous ? Incluant nos valeurs de vie les plus profondes, notre culture et nos différences. Ces différences qui font le charme de chacun.  De ralentir dans nos vies respectives et de relever chaque jour un petit pas concret qui nous mènera vers cet objectif de meilleure image de soi ?